Le club de foot le plus ancien en Serie A : retour sur son histoire et son impact

par Benjamin
Genoa CFC, le plus ancien club de football italien encore en activite

C’est le Genoa, fondé le 7 septembre 1893 à Gênes. Aucun autre club italien encore en activité ne peut remonter aussi loin sans interruption, et il figure bien parmi les dix-huit équipes de Serie A pour la saison 2026-2027.

Son histoire n’a rien d’une curiosité de statisticien. Le Genoa n’est pas seulement le plus vieux club du pays : c’est celui qui a gagné le tout premier championnat d’Italie, en 1898, et qui a raflé neuf titres avant que le football italien ne devienne l’industrie qu’on connaît. Puis plus rien pendant un siècle.

L’essentiel en six points

  • Fondation le 7 septembre 1893, sous le nom de Genoa Cricket and Athletic Club.
  • Fondé par des Britanniques, et fermé aux Italiens pendant ses premières années.
  • Vainqueur du premier championnat d’Italie, disputé en une seule journée, le 8 mai 1898.
  • Neuf scudetti au total, tous remportés entre 1898 et 1924.
  • Stade Luigi-Ferraris, inauguré le 22 janvier 1911, 33 205 places.
  • Relégué administrativement en 2005, revenu en Serie A dès 2007.

Un club fondé par des Anglais, et d’abord réservé aux Anglais

Le 7 septembre 1893, un groupe de résidents britanniques de Gênes crée le Genoa Cricket and Athletic Club. Le nom dit tout de l’intention : il s’agit d’abord de pratiquer le cricket et l’athlétisme, deux sports importés d’outre-Manche. Le football n’est qu’une activité parmi d’autres.

Gênes n’est pas choisie au hasard. C’est le premier port d’Italie, la ville où les marchands, les ingénieurs et les employés de compagnies maritimes britanniques sont les plus nombreux. Le club est pensé comme un cercle d’expatriés, avec ses codes et ses statuts, et les Italiens n’y sont pas admis.

Cette fermeture initiale explique une bizarrerie qui a survécu jusqu’à aujourd’hui : le club s’appelle Genoa, la forme anglaise du nom de la ville, et non Genova. Plus d’un siècle plus tard, personne n’a jamais songé à l’italianiser. Le surnom, lui, est bien local : il Grifone, le griffon, l’animal qui figure sur les armes de la ville.

Qui était James Richardson Spensley ?

Impossible de raconter le Genoa sans lui. Médecin anglais installé à Gênes, James Richardson Spensley devient le premier entraîneur du club et, surtout, l’homme qui bascule son destin.

C’est sous son impulsion que la section football prend le pas sur le cricket, et que le club s’ouvre aux joueurs italiens. Le geste paraît anodin aujourd’hui ; à l’époque, il transforme un cercle britannique fermé en véritable club de ville. Sans cette ouverture, le Genoa serait probablement resté une curiosité coloniale et aurait disparu avec le départ de ses fondateurs.

Spensley n’était pas qu’un dirigeant. Il gardait les buts, arbitrait, et fut l’un des introducteurs du scoutisme en Italie. Le personnage a la densité des pionniers de cette époque, où l’on inventait un sport en même temps qu’on le pratiquait. Et, comme on va le voir, il a marqué le but qui a lancé toute l’histoire du championnat italien.

Le premier championnat d’Italie a duré une seule journée

C’est le détail que la plupart des récits escamotent, et il vaut le détour. Le tout premier championnat d’Italie s’est joué le 8 mai 1898, au Vélodrome Umberto I de Turin, et il a été expédié en une journée.

Quatre clubs seulement y participaient : l’Internazionale Torino, le FC Torinese, la Reale Società Ginnastica Torino et le Genoa Cricket and Athletic Club. Deux demi-finales le matin, une finale l’après-midi, et le titre était attribué.

  • Première demi-finale : Internazionale Torino bat le FC Torinese 1-0.
  • Seconde demi-finale : le Genoa bat la Reale Società Ginnastica Torino 2-1.
  • Finale : Genoa 2, Internazionale Torino 1, après prolongation.

Les buteurs de la finale sont James Spensley et Robert Al Leaver pour le Genoa, Edoardo Bosio pour l’Internazionale. Le premier entraîneur du club marque donc dans la première finale de l’histoire du football italien, ce qui n’arrivera plus jamais à personne.

L’équipe alignée ce jour-là comptait onze joueurs de nationalités mêlées : des Anglais, des Italiens, des Suisses, et un natif de Guernesey. Le football italien commence donc, très exactement, par une équipe cosmopolite jouant pour un club anglais dans un vélodrome turinois.

Neuf scudetti, et pas un seul depuis 1924

Voici le fait qui rend ce club unique dans le paysage italien. Le Genoa a remporté neuf championnats d’Italie : 1898, 1899, 1900, 1902, 1903, 1904, 1915, 1923 et 1924.

Chronologie des neuf scudetti du Genoa entre 1898 et 1924
Tous les titres du club tiennent dans une fenêtre de vingt-six ans.

Regardez les dates de près. Six titres en sept ans entre 1898 et 1904, puis un en 1915, puis deux à la suite en 1923 et 1924. Et ensuite, plus rien. Plus de cent ans sans scudetto.

Ce palmarès place toujours le Genoa parmi les clubs les plus titrés d’Italie, loin devant des équipes bien plus visibles aujourd’hui. Un classement que la plupart des amateurs de football italien seraient incapables de deviner.

L’homme qui a donné le mot « mister » au football italien

La deuxième vague de titres a un nom, et ce n’est pas celui d’un joueur. Le 30 juillet 1912, le Genoa engage comme entraîneur un Anglais venu travailler sur le port : William Thomas Garbutt, né le 9 janvier 1883 à Hazel Grove et mort le 24 février 1964 à Warwick.

Garbutt apporte au football italien quelque chose qui n’existait pas encore : la préparation méthodique, le contrôle de l’entraînement, l’autorité technique d’un homme dont c’est le métier. Ses joueurs, faute de savoir comment l’appeler, s’adressent à lui en anglais : « mister ».

Le mot est resté. Aujourd’hui encore, dans tous les vestiaires d’Italie, on appelle l’entraîneur « mister », et l’usage remonte à cet Anglais du port de Gênes.

Côté résultats, le bilan parle : trois scudetti en 1915, 1923 et 1924, c’est-à-dire les trois derniers du club. Garbutt reste sur le banc génois jusqu’en 1926, avant de rejoindre la Roma naissante.

Pourquoi le Genoa a-t-il cessé de gagner ?

Trois basculements expliquent l’essentiel, et aucun n’est propre au Genoa.

Le championnat change de nature. Les premiers titres sont conquis dans un tournoi qui ne réunit qu’une poignée de clubs du nord du pays, parfois en une seule journée. Quand le championnat s’élargit à toute l’Italie et s’étale sur une saison entière, la concurrence n’a plus rien à voir.

L’argent se déplace vers Milan et Turin. À partir des années 1930, les grands clubs adossés à l’industrie prennent le pouvoir. Le port de Gênes, lui, entame un long déclin économique qui pèse sur tout le tissu sportif de la ville.

La ville se partage en deux. Le Genoa n’a jamais eu Gênes pour lui seul, et le partage de la ferveur locale avec un rival direct n’a rien arrangé.

Un siècle d’ascenseur entre les divisions

Après 1924, le Genoa cesse de jouer les premiers rôles, mais il ne disparaît pas pour autant. Son histoire devient celle d’un club qui monte, qui descend, et qui remonte.

Le club a remporté six fois le championnat de deuxième division : en 1935, 1953, 1962, 1973, 1976 et 1989. Six titres de Serie B, c’est le signe d’une équipe trop grande pour l’étage inférieur et trop juste pour l’étage supérieur, pendant des décennies.

Le point le plus bas est atteint en 1971, avec un titre de champion de troisième division. Le club le plus ancien d’Italie a donc connu la Serie C, quarante-sept ans après son dernier scudetto.

Entre-temps, une seule ligne s’ajoute au palmarès national : la Coupe d’Italie 1937, unique trophée majeur depuis 1924. Une nouvelle finale est disputée en 1940, et perdue.

1992, la nuit d’Anfield

Voici le sommet moderne du club, et il s’est joué en Angleterre.

Lors de la Coupe de l’UEFA 1991-1992, le Genoa élimine Liverpool en quarts de finale et s’impose 2-1 à Anfield. C’est, à cette date, la première victoire d’un club italien sur un terrain anglais en compétition européenne.

Le parcours s’arrête en demi-finale, face à l’Ajax. Pour un club revenu de la troisième division vingt ans plus tôt, atteindre le dernier carré européen reste la référence absolue de son histoire récente.

Quatre ans plus tard, en 1996, le Genoa remporte la Coupe anglo-italienne, compétition modeste mais cohérente avec l’histoire d’un club fondé par des Britanniques.

Les hommes qui ont marqué le club

  • Edoardo Catto, meilleur buteur de l’histoire du club avec 96 buts.
  • Gennaro Ruotolo, recordman de matchs disputés sous le maillot génois avec 444 apparitions.
  • Diego Milito, figure de la remontée des années 2007 à 2009, auteur de 24 buts en championnat sur la seule saison 2008-2009.

Ces trois noms résument trois époques : les années de formation du club, la fidélité d’un joueur de club à l’ancienne, et le dernier moment où le Genoa a fait peur à quelqu’un en Serie A.

Le Luigi-Ferraris, un stade qui a vu passer le siècle

Inauguré le 22 janvier 1911, l’enceinte qui porte aujourd’hui le nom de Luigi Ferraris est l’un des plus anciens stades encore en service en Italie. Sa capacité actuelle est de 33 205 places.

Sa particularité, rare parmi les grands stades italiens, tient à sa forme : quatre tribunes rectangulaires collées au terrain, sans piste d’athlétisme, avec des tours d’angle crénelées. On y est près de la pelouse comme dans un stade anglais, ce qui n’a rien d’un hasard vu qui a fondé le club.

Le stade est partagé avec l’autre club de la ville. Deux publics, deux vestiaires, un seul bâtiment : la configuration crée une intensité que peu d’enceintes européennes connaissent, et elle transforme le derby en affaire domestique.

Le derby de la Lanterne, entre deux généalogies

Gênes a toujours eu deux clubs. À l’origine, le rival s’appelle l’Andrea Doria, du nom de l’amiral génois du XVIe siècle. En 1946, il fusionne avec un autre club de la ville pour donner naissance à la Sampdoria.

Le derby qui les oppose porte le nom du phare qui domine le port : le derby de la Lanterne. Il ne se joue pas seulement entre deux équipes, mais entre deux histoires, l’une héritière des fondateurs britanniques, l’autre des quartiers populaires de Sampierdarena.

C’est aussi, mécaniquement, l’un des plus anciens derbies encore disputés en Italie, puisque l’un des deux protagonistes existe depuis 1893.

2005, l’année où tout a failli disparaître

Le 8 août 2005, le Genoa est relégué administrativement en Serie C1. Le club venait de gagner sportivement sa montée en Serie A ; il se retrouve deux divisions plus bas.

Pour un club de cette histoire, la sanction est brutale. Elle intervient dans une décennie où le football italien enchaîne les affaires, et où plusieurs institutions historiques passent tout près de la disparition pure et simple.

La remontée est pourtant rapide : le Genoa retrouve la Serie A dès 2007. Deux ans pour effacer trois divisions de retard, ce qui en dit long sur ce que le club représente encore pour sa ville.

L’histoire s’est répétée récemment, sur un rythme plus rapide : relégation sportive en Serie B en 2022, puis deuxième place et remontée immédiate en 2023. Le Genoa n’a jamais réussi à s’installer durablement dans le haut du tableau, mais il n’a jamais mis plus de deux ans à remonter.

Où en est le club aujourd’hui ?

Dans la peau d’un pensionnaire de Serie A qui joue son maintien plus souvent que le haut de tableau. La saison 2025-2026 s’est terminée à la seizième place, avec 41 points, et l’entraîneur Daniele De Rossi a vu son contrat prolongé jusqu’au 30 juin 2027.

Autrement dit, le club le plus ancien d’Italie vit désormais dans la zone où l’on compte les points un par un. C’est une position inconfortable, mais c’est aussi la preuve d’une continuité que peu d’institutions sportives peuvent revendiquer : plus de cent trente ans d’existence sans jamais disparaître.

Ce que le Genoa a laissé au football italien

  • Le premier titre national, celui du 8 mai 1898, qui fonde toute la lignée des scudetti.
  • Le mot « mister », hérité de William Garbutt et employé encore aujourd’hui dans tous les vestiaires du pays.
  • Un modèle importé, celui du club britannique, que les clubs italiens suivants ont copié dans leur organisation.
  • Une preuve que l’ancienneté ne protège de rien : neuf titres n’ont empêché ni un siècle sans victoire, ni une relégation administrative.
  • Un stade qui, depuis 1911, a vu passer toutes les époques du football italien.

Et pour les parieurs, qu’est-ce que ça change ?

Presque rien, et c’est justement l’intérêt de le dire. L’histoire d’un club, aussi longue soit-elle, n’a aucune valeur prédictive sur le résultat d’un match. Un club fondé en 1893 ne gagne pas plus souvent qu’un club fondé en 2009.

Ce qui compte pour évaluer une rencontre reste la forme du moment, l’effectif disponible, le calendrier et la cote proposée. La cote, elle, se lit en divisant 1 par sa valeur : une cote de 4,00 correspond à une probabilité de 25 %, et la somme des probabilités affichées sur un match dépasse toujours 100 %, l’écart étant la marge de l’opérateur.

Le récit historique fait partie du plaisir du football. Il ne fait pas partie de la méthode.

Questions fréquentes

Quel est le plus vieux club de football italien ?

Le Genoa, fondé le 7 septembre 1893 à Gênes sous le nom de Genoa Cricket and Athletic Club. C’est le plus ancien club italien encore en activité sans interruption.

Combien de scudetti le Genoa a-t-il remportés ?

Neuf : en 1898, 1899, 1900, 1902, 1903, 1904, 1915, 1923 et 1924. Tous ont été gagnés avant 1925.

Qui a gagné le premier championnat d’Italie ?

Le Genoa, le 8 mai 1898, au Vélodrome Umberto I de Turin. Le tournoi réunissait quatre clubs et s’est disputé en une seule journée, la finale ayant été remportée 2-1 après prolongation.

Pourquoi appelle-t-on l’entraîneur « mister » en Italie ?

À cause de William Garbutt, entraîneur anglais engagé par le Genoa le 30 juillet 1912. Ses joueurs s’adressaient à lui en anglais, et l’usage s’est répandu dans tout le pays.

Quel est le stade du Genoa ?

Le stade Luigi-Ferraris, inauguré le 22 janvier 1911, d’une capacité de 33 205 places, partagé avec l’autre club de la ville.

Le Genoa joue-t-il en Serie A ?

Oui. Le club figure parmi les équipes de Serie A pour la saison 2026-2027, après une seizième place et 41 points la saison précédente.

Sources

Date et lieu de fondation, nom d’origine, rôle de James Richardson Spensley, liste des neuf scudetti, date d’inauguration et capacité du stade Luigi-Ferraris, surnom Il Grifone, relégation administrative du 8 août 2005 et retour en Serie A en 2007 : notice encyclopédique du Genoa Cricket and Football Club, consultée le 4 septembre 2026. Date, lieu, format, clubs engagés, résultats des demi-finales et de la finale du championnat 1898, et buteurs : notice consacrée au championnat d’Italie de football 1898, même date. Dates de naissance et de mort de William Thomas Garbutt, date de son engagement au Genoa le 30 juillet 1912, ses trois scudetti et l’origine du mot « mister » : sources consacrées à ce pionnier du football italien, consultées le 4 septembre 2026. Classement 2025-2026, total de 41 points, prolongation de Daniele De Rossi jusqu’au 30 juin 2027 et participation à la Serie A 2026-2027 : bilans de saison publiés à la même date.

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